On vous explique

Les problématiques liées au coût des publications en Open Access

Payer pour publier en Open Access, une problématique qui fait l’actualité. Nous vous proposons donc une synthèse de quelques articles sur les coûts de publication en Open Access dans le monde : problématiques, enjeux et solutions préconisées.

  • Le modèle auteur-payeur est devenu le modèle dominant de financement des publications scientifiques

Le financement des publications scientifiques par le modèle économique des Article Processing Charges (APC), dit modèle auteur-payeur ou voie dorée de l’Open Access (OA), est devenu le modèle dominant selon les auteurs d’un article publié en mai 2022 et résumé ici.

Selon cet article, en 2020, 80% des journaux couverts par la base de données InCites sont en OA doré natif (revues totalement OA) ou hybride (revues dont le modèle économique est l’abonnement et qui proposent aussi aux auteurs de payer des APC pour publier en OA). Toujours en 2020, les APC ont représenté 2 milliards de dollars dans le monde.

Étant donné que, contrairement aux abonnements, les APC ne sont pas limités par les budgets des bibliothèques, les auteurs concluent que le modèle des APC « semble être un modèle économique plus que viable pour le secteur de l’édition ».

  • Un marché de l’édition scientifique dominé par un « oligopole » d’éditeurs qui bénéficient largement du modèle des APC

Selon une étude canadienne, le montant des APC collectés par les 5 principaux éditeurs académiques commerciaux (Elsevier, Sage, Springer-Nature, Taylor & Francis et Wiley) serait de 1,06 milliards de dollars entre 2015 et 2018 (612,5 millions de dollars pour les revues en OA doré et à 448,3 millions de dollars pour les revues hybrides).

Selon W. Crawford (2021), le revenu des APC dans les revues OA dorées natives (inscrites au DOAJ) a augmenté de 50% entre 2019 et 2020 pour les 9 plus gros éditeurs du marché.

  • Les APC augmentent dans tous les pays, quelle que soit la politique nationale

Zhang et al. (2022) ont constaté que les APC ont fortement augmenté dans six pays ayant des politiques d’OA différentes : USA, Chine, France, Royaume-Uni, Pays-Bas et Norvège. Les pays qui privilégient la voie verte (USA, France) arrivent à limiter l’augmentation des APC mais les pays dont la politique privilégie la voie dorée (Royaume-Uni, Pays-Bas, Norvège) ont vu leur frais d’APC fortement augmenter. Quant à la Chine, c’est aujourd’hui le plus grand payeur d’APC au monde, bien qu’elle n’ait pas réellement de politique OA. La Chine a cependant favorisé la publication dans les revues couvertes par la base de données Web of Science, où les grands éditeurs commerciaux dominent.

Les auteurs de l’article en concluent que les politiques nationales ne parviennent pas à modérer le marché des APC : « La tendance mondiale à payer pour effectuer des recherches semble moins dépendre des politiques d’OA des pays que de la dynamique du marché de l’édition commerciale. »

De plus, ils pointent le fait que la cOAlition S a probablement joué un rôle dans l’augmentation des APC. En effet, le plan S a stimulé tous les types d’OA, y compris la voie hybride car les APC sont remboursés pour les publications dans les revues hybrides qui s’engagent dans une transition vers l’OA (transformative journals).

  • Les APC : un nouveau « paywall » qui engendre des inégalités

Le partage équitable et gratuit des connaissances scientifiques est le but de l’Open Science et ce but est en passe d’être rempli. Mais l’inflation des coûts de publication engendre une nouvelle inégalité pour les chercheurs des pays à faible revenu : ils n’ont pas les moyens ni les financeurs qui leur permettent de participer à ce système pour publier leurs recherches. Le « paywall », qui était auparavant une barrière payante pour lire les articles, est aujourd’hui devenu une barrière pour publier.

Pour les institutions des pays riches, le modèle auteur-payeur risque également de devenir insoutenable. D’autant plus qu’elles continuent de payer en parallèle des abonnements aux revues payantes. Les institutions paient donc toujours deux fois : pour lire (abonnement) et pour publier (APC).

« Si la voie dorée du libre accès n’est qu’un transfert du profit éditorial sur le dos de l’auteur et non plus du lecteur, c’est un échec sur le plan financier, surtout si le processus s’interrompt au milieu du gué et que les souscriptions persistent parallèlement aux nouvelles initiatives, ce qui est le cas aujourd’hui. » déclare Bernard Rentier dans son blog Ouvertures immédiates.

  • Les solutions préconisées : le plafonnement des APC et leur transparence

Le plafonnement des APC serait la solution la plus efficace pour limiter l’explosion des coûts. Ainsi, la Fair Open Access Alliance préconise que les APC ne dépassent pas 1000$ par article. Cette solution n’est cependant pas encore d’actualité. L’ANR par exemple, n’a pas mis en place de telle restriction (dernière question de la FAQ).

De son côté, la cOAlition S demande une plus grande transparence concernant les services fournis par les éditeurs et les frais qu’ils facturent. Selon le principe 5 du plan S, les APC devraient ainsi être proportionnels aux services de publication fournis. Pour ce faire, la cOAlition S demande aux éditeurs de clarifier les détails de leur politique OA et vient de mettre en place le Journal Comparison Service : une ressource en ligne rassemblant les réponses des éditeurs et permettant ainsi de comparer les services et frais des revues.

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