Voie verte, dorée, bronze, diamant, noire… Depuis plus de vingt ans, l’Open Access se décline en couleurs. Une palette devenue familière pour décrire les différentes manières de rendre accessibles les publications scientifiques. Mais à mesure que les modèles de publication se sont diversifiés, les frontières sont devenues plus difficiles à tracer. Une publication peut être ouverte chez l’éditeur et déposée dans une archive, être accessible gratuitement mais sans licence ouverte… Alors, les anciennes catégories sont-elles encore pertinentes ?
Un groupe de travail constitué en 2026 pose la question et propose de remplacer les couleurs utilisées par OpenAlex et Unpaywall par une classification reposant sur plusieurs caractéristiques indépendantes. L’occasion de revenir sur une histoire commencée il y a plus de vingt ans.
Au commencement étaient deux voies
En 2002, l’Initiative de Budapest pour l’Accès Ouvert identifie deux grandes stratégies pour parvenir au libre accès : l’auto-archivage des publications par les scientifiques et le développement de revues en accès ouvert. Mais il n’est alors question ni de vert, ni de doré. C’est au début des années 2000 que s’impose progressivement cette métaphore des couleurs. Elle est notamment formalisée en 2004 par Stevan Harnad et ses coauteurs.
Pourtant, les limites de cette représentation sont discutées presque immédiatement. La même année, Jean-Claude Guédon conteste l’idée que vert et doré constituent deux routes réellement indépendantes. Il envisage plutôt leur convergence à terme dans un nouveau paysage de la communication scientifique.
Autre sujet : dire qu’une publication est en accès ouvert ne renseigne pas nécessairement sur ce que lectorat a le droit d’en faire. En 2008, Peter Suber propose donc une nouvelle distinction : l’Open Access gratis et l’Open Access libre. Dans le premier cas, la barrière financière disparaît, tout le monde peut lire gratuitement le document. Dans le second, certaines barrières juridiques disparaissent également : des droits de réutilisation sont accordés aux lecteurs et lectrices.
Nous partîmes à deux mais par un prompt renfort…
Le développement de nouveaux modèles de publication va compliquer la situation. À la voie verte et à la voie dorée viennent progressivement s’ajouter d’autres qualificatifs :
- L’Open Access hybride désigne les articles rendus ouverts au sein de revues qui restent par ailleurs accessibles sur abonnement.
- L’expression Black Open Access est proposée par Bo-Christer Björk en 2017 pour désigner l’accès à des copies d’articles diffusées sans autorisation, notamment par l’intermédiaire de plateformes comme Sci-Hub, qui représente une part importante de l’accès à l’information scientifique.
- En 2018, une étude menée par Heather Piwowar et ses collègues, introduit une nouvelle catégorie : le Bronze Open Access. Il s’agit des publications accessibles gratuitement sur le site de l’éditeur, mais pour lesquelles aucune licence ouverte n’a pu être identifiée.
- Le Diamond Open Access met quant à lui en avant une autre caractéristique : un modèle dans lequel les scientifiques ne paient ni pour publier, ni pour accéder aux articles. Les organisations actrices du diamant le définissent de manière plus large, mais il se trouve souvent réduit à son aspect économique.
« Open » ou « plus ou moins open » ?
Dès 2012, PLOS, SPARC et OASPA proposent avec HowOpenIsIt? de dépasser la question apparemment simple : « Est-ce de l’Open Access ? ». Le guide invite plutôt à se demander : « À quel point est-ce ouvert ? ». Une revue peut alors être évaluée selon six dimensions : les droits de lecture, les droits de réutilisation, le copyright, les possibilités de dépôt par les auteurs et autrices, le dépôt automatique et la lisibilité par les machines.
Cette approche préfigure assez directement le débat qui revient aujourd’hui autour des couleurs, lancé par un groupe de travail du conseil consultatif de la communauté OpenAlex. Ce groupe pointe plusieurs limites à la classification actuellement utilisée dans OpenAlex (Gold, Green, Hybrid, Bronze ou Closed) :
- elle mélange le statut d’accès des publications et le modèle économique des revues qui les publient,
- elle s’applique mal aux objets autres que les articles (thèses, jeux de données, logiciels…),
- elle ne rend pas compte de l’évolution d’une publication dans le temps.
Plutôt que de chercher une nouvelle couleur, le groupe propose donc de changer de logique. Chaque publication serait décrite selon trois dimensions indépendantes :
- Accès : le document est-il librement accessible, ou en accès restreint ?
- Localisation : le document est-il disponible chez l’éditeur ou sur une autre plateforme, comme une archive ouverte ou un serveur de préprints ?
- Licence : le document est-il sous licence ouverte, sous licence restrictive, ou ne présente-t-il aucune licence identifiable ?
Les modèles économiques (frais de publication, accès diamant, Subscribe to Open, accords transformants, etc.) seraient volontairement laissés en dehors de cette classification et devraient faire l’objet d’une taxonomie distincte.
Alors, la fin des couleurs ?
Pas encore. OpenAlex n’a pour l’instant rien modifié dans son interface ou son API. La proposition fait l’objet d’une consultation ouverte jusqu’au 13 novembre 2026, avant un nouvel examen par son conseil consultatif. Si elle est retenue, OpenAlex envisage une période de transition pendant laquelle ancien et nouveau systèmes pourraient coexister.


