Édition scientifique à l'ère de l'Open Access

Les accords transformants, clap de fin ?

A partir des années 2010, les bibliothèques d’institutions de recherche, réunies en consortiums, et les éditeurs scientifiques mettent en place des accords “transformants” (transformative agreements). Ces accords visent à accompagner le changement de modèle économique des revues, d’un accès fermé (payant, sur abonnement) à un accès ouvert. L’efficacité de ces accords est cependant remise en cause : une étude, dont nous vous parlions en 2021, soulignait ainsi la disparité de ces accords, leur caractère temporaire ainsi que le fait qu’aucune clause contractuelle ne garantit une transformation des revues vers un modèle ouvert.

Un document de Knowledge Exchange publié en janvier 2025 souligne quant à lui trois problèmes liés aux accords transformants : (1) l’absence de transformation, (2) les implications potentielles d’une transformation de l’Open Access (OA) hybride à un full OA (voie dorée) et (3) les quotas limités qui caractérisent certains accords.

(1) Sous l’angle quantitatif, le taux de transformation des revues hybrides vers un modèle full OA est médiocre : 0,5% du portefeuille de revues hybrides de Wiley est passé en full OA en 2023 (6 revues sur 1300) ; 3,5% pour Elsevier (62 revues sur 1812 passées en full OA en 2024) et 0,4% pour Taylor & Francis (9 revues sur 2175 devraient passer en full OA entre 2024 et 2025).

Le rapport du JISC note que trois éditeurs ont effectivement transformé plus de 10% de leurs revues pendant la période de l’accord : Karger, BMJ et IWA. Seul Cambridge University Press devrait atteindre 29,6% de revues transformées fin 2025.

(2) Les auteurs remettent ensuite en question les bénéfices d’une transition des revues hybrides vers un modèle full OA. Ils soulignent ainsi le risque de voir augmenter le montant des APC, pour compenser les revenus des abonnements, ainsi que le risque que les éditeurs cherchent à augmenter le nombre de publications pour augmenter les recettes provenant des APC, au détriment de la qualité des articles.

Par ailleurs, en devenant full OA, les revues pourraient plus facilement refuser l’application de la stratégie de non-cession des droits, arguant que leur modèle permet déjà de répondre aux exigences des financeurs.

(3) Les auteurs de l’article pointent enfin la problématique des quotas d’articles préfinancés, qui peuvent être inclus dans les accords transformants “Read and publish”. Dans ce cas, les institutions ont négocié globalement les coûts d’abonnement et de publication en OA pour un nombre donné d’articles (dans tout ou partie des revues couvertes par l’abonnement).

Outre les problèmes de liberté académique et de de bibliodiversité dont nous vous parlions ici, les auteurs de l’article mettent en avant les incertitudes des scientifiques quant à leur capacité à publier sans payer d’APC. L’une des difficultés vient notamment du fait que le quota d’articles préfinancés peut être atteint entre la soumission et l’acceptation d’un article, durée sur laquelle ils n’ont pas de prise.

À ces problématiques s’ajoutent les questions budgétaires des institutions et leur volonté de ne plus être dépendantes des tarifs et augmentations décidés par les éditeurs commerciaux. Ainsi, dans une analyse publiée en février 2025, Peter Barr, conservateur à la bibliothèque de l’Université de Sheffield, explique pourquoi plusieurs universités britanniques, dont la sienne, ont décidé de ne pas poursuivre leur accord transformant avec Elsevier. Cette décision intervient dans un contexte de restrictions budgétaires pour l’enseignement supérieur et la recherche, mais c’est également une opportunité de rééquilibrer le pouvoir entre les bibliothèques (et leurs institutions) et les éditeurs.