Un préprint déposé en juin dernier sur arXiv introduit le concept de « diamond fracture » (que l’on pourrait traduire par « rupture du modèle diamant ») : le cas de revues qui abandonnent le modèle diamant (sans frais pour les scientifiques qui publient, ni pour leur lectorat) au profit d’un modèle payant, que ce soit via des frais de publication (Article Processing Charges, APC) ou par un accès sur abonnement. Cette étude pose la question sensible de la stabilité du modèle diamant dans l’écosystème des publications scientifiques.
L’étude repose sur l’analyse de cinq jeux de données sources, à partir desquels l’équipe de recherche a identifié 440 revues ayant quitté le modèle diamant entre 2009 et 2026. Le mouvement s’est accéléré à partir de 2020, avec un pic en 2025.
L’étude caractérise les revues concernées :
- La majorité des « fractures » concerne des éditeurs commerciaux (78% des cas). Les organismes de recherche et sociétés savantes sont aussi concernés, mais de façon plus limitée.
- La grande majorité des revues concernées sont asiatiques (47%) et européennes (36%). L’Amérique latine, qui a une longue pratique de l’open access diamant (plateformes SciELO et Redalyc), est beaucoup moins touchée.
- Plus de la moitié des revues qui « fracturent » ont au moins 9 ans d’existence au moment du changement de modèle.
La grande majorité des revues (84%) basculent vers un modèle open access doré, 12% vers un modèle hybride, et 4% vers un modèle fermé, accessible sur abonnement.
Les APC introduits à cette occasion (modèles doré et hybride) vont de quelques dollars à plus de 5 000 dollars selon les titres. Les éditeurs commerciaux se situent le plus souvent entre 1 000 et 3 000 dollars par article, tandis que les sociétés savantes et organismes de recherche appliquent des montants généralement inférieurs à 100 dollars.
L’équipe à l’origine de l’étude parle d’un risque systémique pour le modèle diamant. Les APC étant désormais la norme dans le secteur de l’édition scientifique, facturer les auteurs et autrices est devenu une voie économiquement attrayante, dans un contexte de hausse constante des frais de publication (nous vous en parlions ici).
Limiter ces fractures suppose un investissement durable dans des infrastructures gérées par les communautés de recherche. À ce titre, la plateforme European Diamond Capacity Hub, en cours de co-construction, tente de relever cet enjeu important pour la science ouverte. Elle recense déjà plus de 4 000 revues diamant et vise à renforcer leurs capacités pour qu’elles puissent rester en modèle diamant sur le long terme.
Sources :
- Matthias L, Alperin JP, Laakso M. Diamond Fractures: Tracing Journal Transitions Away from Diamond Open Access [Internet]. arXiv; 2026. doi:10.48550/arXiv.2606.31302
- Rentier B. Les « Diamond fractures » : la fin de l’innocence du Diamond Open Access ? Ouvertures immédiates / Immediate openings [Internet]. 10 juill 2026 [cité 2 oct 2026]. Disponible sur: https://bernardrentier.wordpress.com/2026/07/10/les-diamond-fractures-fin-de-linnocence-du-diamond-open-access/
- Singh Chawla D. Hundreds of ‘free’ academic journals have started charging fees. Nature. 22 sept 2026. doi:10.1038/d41586-026-02818-5


