Dans un article publié en décembre dernier dans la revue Science, la journaliste scientifique Sofia Moutinho met en avant le modèle de l’Amérique latine, leader dans le domaine des revues Open Access à but non lucratif. Ces revues, souvent gérées par des universités ou des sociétés scientifiques, facturent aux auteurs des frais de publication relativement bas (modèle Open Access doré avec APC faible) ou sont entièrement gratuites pour les auteurs (voie diamant). Ainsi, selon une étude menée par Science, 1 revue diamant sur 4 est publiée en Amérique latine. La plupart d’entre elles (83 %) sont non commerciales et basées dans des universités.
L’Amérique latine est également pionnière au niveau mondial dans la lutte contre l’invisibilité des revues non commerciales du Sud. La plupart de ces revues sont en effet publiées dans des langues autres que l’anglais et peu d’entre elles sont indexées dans les bases de données internationales comme Scopus et Web of Science. Pour gagner en visibilité au niveau international et faciliter l’accès à la littérature scientifique, les chercheurs latino-américains ont donc développé des plateformes qui hébergent des revues Open Access et regroupent leurs articles dans une base de données en libre accès.
La première plateforme mise en avant dans l’article de Science est ScieLO (Scientific Electronic Library Online). Lancée en 1998, cette plateforme héberge aujourd’hui plus de 1 300 revues Open Access à but non lucratif issues de 15 pays différents. Ces revues répondent à une série de critères de qualité (avoir un comité éditorial composé d’experts dans le domaine de la revue, publier à un rythme régulier, identifier les auteurs avec un ORCID, disposer de résumés en anglais, etc.). La plupart ne facturent pas de frais aux auteurs ou demandent des frais minimes (en moyenne 300$ par manuscrit) pour couvrir les coûts de fonctionnement. En aidant les revues à se conformer aux normes internationales, SciELO a participé à l’augmentation du nombre de revues latino-américaines indexées dans les bases de données internationales Scopus et Web of Science.
La deuxième plateforme lancée en Amérique latine est Redalyc. Créée en 2003 par des chercheurs de l’Université autonome de l’État de Mexico, Redalyc indexe à ce jour plus de 1 700 revues de 36 pays (Amérique latine, Caraïbes, Espagne et Portugal). Depuis 2018, sa collection est exclusivement composée de revues diamant. A la différence de SciELO, Redalyc encourage les publications dans les langues locales et n’exige pas de contenu en anglais. La plateforme s’attache également à ignorer les métriques encore souvent utilisées dans les systèmes d’évaluation. Elle ne classe pas les revues qu’elle indexe en fonction des citations ou du facteur d’impact mais préfère afficher d’autres métriques, comme le nombre de collaborations entre auteurs ou le nombre d’articles publiés dans une revue par rapport à d’autres dans le même domaine.
L’autrice souligne également dans son article les difficultés financières auxquelles les revues à but non lucratif sont confrontées. Une enquête menée en 2020 auprès des éditeurs de revues indexées dans SciELO Brazil a révélé que 42 % d’entre elles avaient des problèmes financiers. Ces revues dépendent en effet presque entièrement des ressources et des subventions publiques, qui peuvent être limitées et incertaines. Les coupes budgétaires lors de la présidence de Jair Bolsonaro ont par exemple fait craindre la fermeture de nombreuses revues. Aujourd’hui, environ 30 % des revues indexées dans SciELO Brazil facturent des APC pour aider à couvrir les coûts.
Fort de leur expérience de longue date, les plateformes latino-américaines pourraient donc constituer un modèle pour le reste du monde et notamment pour les acteurs de la recherche européenne qui cherchent à promouvoir le modèle diamant.
Source : Breaking the glass. Latin America is a leader in nonprofit open-access journals. But it struggles to give them global visibility. Par Sofia Moutinho, Science, 5 décembre 2024.
Voir aussi notre article : Quelques initiatives de revues et plateformes de publication en accès ouvert diamant


