On vous explique

Le lien entre Slow Science et Open Science

En 2010, face à l’accélération croissante de la recherche et à la pression exercée sur les chercheurs pour produire rapidement des résultats, deux appels en faveur d’une Slow Science sont lancés : l’un par des chercheurs berlinois, et l’autre par Joël Candau, anthropologue à l’Université de Nice. Ce dernier appel a été signé par 4 600 chercheurs dans le monde.

Les principes fondamentaux de la slow science (par opposition à la fast science) sont les suivants :

  • Respecter le temps long de la recherche : encourager une science qui prend le temps d’élaborer des idées novatrices, de développer des hypothèses solides, d’analyser des données en profondeur et de produire des résultats significatifs.
  • Valoriser la qualité plutôt que la quantité : privilégier une recherche rigoureuse et bien documentée, plutôt que la production rapide d’un grand nombre de publications.
  • Favoriser l’interdisciplinarité et la collaboration : encourager le dialogue entre disciplines et la collaboration entre chercheurs, sans pression concurrentielle susceptible d’entraver le progrès scientifique.

En 2023, Joël Candau, reconnaissait l’effet négligeable de son appel : « En douze ans, la situation critique de la recherche n’a pas fondamentalement changé, malgré un consensus autour du constat des nombreux effets nocifs de la fast science. »

En janvier 2026, un nouveau mouvement pour la slow science a été lancé. Dans leur manifeste, les chercheurs demandent :

  • Aux financeurs : d’adopter des modèles de financement diversifiés qui soutiennent un large éventail de chercheurs et permettent la recherche exploratoire menée par plusieurs équipes.
  • Aux institutions de recherche : d’éviter les critères d’évaluation assimilant le mérite au nombre de publications et de mettre en œuvre une évaluation plus large, fondée sur la qualité, la créativité, l’enseignement, l’encadrement et la sensibilisation.
  • Aux éditeurs : de rejeter les modèles économiques basés sur le volume et de mettre en place des mesures incitatives favorisant la reproductibilité, la publication des résultats négatifs ainsi qu’un processus de peer-reviewing « slow » de haute qualité.
  • Aux chercheurs : de résister à la pression à publier et de s’engager collectivement pour une culture de la collaboration, de la transparence et de la critique constructive.

Les principes et demandes décrits ci-dessus permettent de comprendre assez facilement les liens entre la slow science et l’open science :

  • des principes proches, puisque la science ouverte est une forme de pratique de la science collaborative, participative et interdisciplinaire,
  • un même constat : la pression à la publication que subissent les chercheurs nuit à la qualité, à l’intégrité et à la reproductibilité de la recherche.

La science ouverte tente de compenser certaines de ces dérives et contribue à renforcer la robustesse et la rigueur de la recherche (nous vous expliquions comment ici).

Pointons finalement quelques initiatives récentes :

– Début 2026, Adrian Barnett déclare dans un article publié sur le site de Nature qu’il publiera deux fois moins d’articles par an. Comme son bailleur principal se base sur les 10 meilleurs articles parus au cours des 10 dernières années, il estime que sa décision ne devrait pas lui nuire. Mais il est conscient que son initiative individuelle aura peu d’effet. Il en conclut que ce sont les financeurs et les universités qui sont les mieux placés pour mettre un terme à cette situation.

– Un mois plus tard, Malgorzata Lagisz appuie son collègue australien dans les mêmes colonnes. Mais elle pense que « la solution ne consiste pas à ce que les chercheurs cessent de publier en attendant que les institutions corrigent les incitations défaillantes et l’obsession du prestige. Peut-être devrions-nous simplement laisser s’effondrer ce système de publication de plus en plus dysfonctionnel. Peut-être qu’alors quelque chose de mieux pourra prendre sa place — un système axé sur la communauté, transparent et à but non lucratif. Et nous pouvons contribuer à le construire. »