Le 8 juillet dernier, le National Institutes of Health (NIH) américain a ouvert un débat important en proposant de plafonner les frais de publication (Article Processing Charges, APC) pris en charge par leurs financements. Cette initiative répond à une préoccupation croissante : la hausse constante des coûts de publication en Open Access qui pèse sur les budgets de recherche.
Suite à cette annonce, le NIH a soumis à consultation publique les cinq options suivantes :
- Une option radicale qui consisterait à supprimer totalement la prise en charge des frais de publication, en privilégiant les prépublications, comme le font d’autres financeurs.
- Trois approches de plafonnement : un plafond fixe à 2 000 $ par publication, un plafond modulable (2 000 $ ou 3 000 $ si les reviewers sont rémunérés), ou encore une limitation globale à 0,8% du budget total du financement (avec un maximum à 20 000 $).
- Et une dernière option qui combine à la fois un plafond par publication (6 000 $) et une limite globale à un pourcentage du financement.
Ces propositions de plafond s’appuient sur une analyse des montants actuels des APC, basée sur les données du DOAJ ainsi que sur les budgets demandés par les porteurs de projet. Le NIH a ainsi pu calculer que, si la moyenne des frais de publication s’élève à environ 1 235 $ selon le DOAJ, le budget moyen demandé par publication était compris entre 2 600 $ et 3 100 $.
Face à ces propositions, plusieurs voix expriment de sérieuses réserves. Dans un billet du Inside Higher Ed, Lisa Janicke Hinchliffe, de l’université de l’Illinois, pointe un paradoxe potentiel : « Il est plus probable qu’un plafonnement amène les éditeurs qui facturent moins à augmenter leurs frais – le plafond deviendra le plancher. »
Le Scholarly Communications Lab, quant à lui, souligne l’inadéquation entre les plafonds proposés et la réalité du marché. Même avec un plafond à 6 000 $, 10% des articles publiés dans 104 revues importantes ne seraient pas couverts. Des publications prestigieuses comme Nature (12 690 $) ou Cell (11 400 $) dépassent largement ces seuils.
Toujours pour le Schorlaly Communication Lab, l’inquiétude principale concerne l’accélération de l’adoption des accords « Read & Publish » que cette initiative pourrait entraîner. Ces accords, négociés entre institutions et éditeurs, combinent abonnements et frais de publication pour un quota d’articles. Ils pourraient sembler plus attractifs face aux plafonnements puisqu’ils prendraient en charge les frais les plus élevés. Le risque : transférer la charge financière vers les bibliothèques tout en renforçant la position dominante des grands éditeurs. Cela accentuerait également les inégalités entre les institutions.
Plusieurs voix plaident donc pour des approches différentes. Heather Joseph (citée dans le billet du Inside Higher Ed) propose de récompenser la diffusion rapide des résultats plutôt que de limiter les coûts. Chris Marcum, ancien responsable de la politique scientifique ouverte à la Maison Blanche, craint que l’augmentation du plafond des APC si les reviewers sont rémunérés n’incite certains d’entre eux à profiter du système pour s’enrichir. Il suggère plutôt de nouveaux modes de rémunération, comme par exemple l’octroi de crédits aux reviewers pour leurs demandes de subvention ou l’intégration du peer reviewing dans les activités couvertes par le financement.
Ces analyses font donc toutes le constat que les plafonds risquent de ne traiter que les symptômes sans s’attaquer aux mécanismes structurels de l’inflation des coûts de publication. Il faut donc espérer que la consultation publique, désormais close, permettra d’affiner ces propositions et d’aboutir à une stratégie qui ne renforcera pas cette hausse des coûts.
Sources :
- National Institutes of Health, NIH to Establish New Policies for Allowable Publication Costs, 8 juillet 2025
- National Institutes of Health, Request for Information on Maximizing Research Funds by Limiting Allowable Publishing Costs, 30 juillet 2025
- Kathryn Palmer, NIH Publisher Fee Cap Plan ‘Not Comprehensive Enough,’ Critics Say, Inside Higher Ed, 27 août 2025.
- The Scholarly Communications Lab, Shaking up the scholarly publishing market – Why caps on APCs could backfire, LSE Impact Blog, 11 septembre 2025


