On vous explique

L’Open peer review

[Mise à jour d’un article initialement publié en juin 2021]

L’Open peer review (OPR) est un mode d’évaluation des travaux scientifiques par les pairs apparu avec le mouvement de la science ouverte. Les définitions de l’OPR étant très diverses, Tony Ross-Hellauer, chercheur à l’université de Göttingen, propose, dans une revue systématique publiée en 2017, une synthèse des sept formes que peut prendre l’OPR.

1. Identités ouvertes : les auteurs et les reviewers connaissent leurs identités respectives.

Ce fonctionnement prend le contre-pied du modèle traditionnel de peer-reviewing, le Blind peer review, qui se décline sous deux formes :

  • Dans la forme simple, les auteurs d’un article ignorent qui sont les reviewers qui en évaluent la qualité ;
  • Dans sa forme double, les auteurs et les reviewers ignorent chacun leurs identités respectives.

Certains chercheurs sont sceptiques vis-à-vis de ce principe d’identités ouvertes car ils redoutent des répercussions s’ils signent un rapport critique (nous vous en parlions ici). Mais les défenseurs de ce principe avancent plusieurs arguments, comme le fait que les évaluations signées seraient plus constructives ou que les reviewers pourraient tirer crédit du travail effectué traditionnellement de manière anonyme.

2. Rapports ouverts : les rapports d’évaluation sont publiés aux côtés de l’article correspondant (sans nécessairement divulguer l’identité des reviewers).

Les scientifiques seraient plutôt favorables à ce principe (nous vous en parlions ici) qui présente plusieurs avantages :

  • La publication des rapports d’évaluation permettrait de mettre à disposition des informations scientifiques potentiellement utiles pour d’autres.
  • La transparence des échanges entre auteurs et reviewers pourrait les rendre plus constructifs et plus courtois.

3. Participation ouverte : la communauté peut participer au processus de peer-reviewing.

Alors que dans le peer-reviewing traditionnel, les éditeurs identifient et invitent des pairs à évaluer un manuscrit, le processus de participation ouverte invite les membres intéressés de la communauté scientifique à participer au processus, soit en rédigeant des évaluations complètes et structurées, soit en ajoutant des commentaires plus courts.

Ce processus de peer-reviewing collaboratif est souvent utilisé en complément d’un processus classique d’évaluation par les pairs. C’est le cas, par exemple, de la revue Atmospheric Chemistry and Physics qui publie les préprints sur son site, puis invite les reviewers sélectionnés ainsi que les membres de la communauté scientifique à les commenter publiquement. Les auteurs sont invités à répondre aux commentaires et à engager une discussion constructive.

L’objectif est d’élargir le pool de reviewers, mais il se heurte souvent à la difficulté de motiver les scientifiques à participer au processus, ainsi qu’à des critiques concernant la qualification des membres de la communauté pour commenter une publication.

4. Interaction ouverte : les échanges directs entre auteurs et reviewers, et/ou entre reviewers sont encouragés.

Dans le système traditionnel de peer-reviewing, les interactions entre auteurs et reviewers se font par le biais de l’éditeur. L’interaction ouverte permet une discussion directe :

  • entre les reviewers (par exemple pour parvenir à une décision mutuelle avant de rédiger une unique lettre de synthèse),
  • et/ou entre les auteurs et les reviewers (pour accélérer les itérations et éventuellement discuter de questions complexes, plutôt que de simplement rejeter l’article).

5. Open peer review des préprints : possibilité de commenter les publications sur les serveurs de préprints.

Les commentaires ouverts sur les prépublications déposées sur des plateformes comme arXiv ou bioRxiv peuvent être considérés comme une forme d’OPR. Ces commentaires peuvent déjà être pris en compte par les auteurs et intégrés dans le remaniement du manuscrit en vue de sa soumission à une revue.

6. Peer-reviewing ouvert post-publication : possibilité de commenter des articles déjà publiés.

Alors qu’auparavant, seules les voies formelles telles que les lettres à l’éditeur ou les articles de commentaire permettaient aux lecteurs de s’exprimer, il existe désormais une multitude de façon de commenter des articles publiés. Outre les réseaux sociaux qui offrent à tous la possibilité de s’exprimer, de plus en plus de revues proposent une section dédiée permettant aux lecteurs de commenter les articles publiés. Il existe également des plateformes spécialisées, comme PubPeer, qui permettent de poster des commentaires, anonymes ou non. Retrouvez ici notre article pour savoir comment reviewer sur PubPeer.

7. Plateformes ouvertes (reviewing « découplé ») : la révision est effectuée par une entité différente de celle en charge de la publication.

Un travail d’OPR peut être effectué par des plateformes en amont de la soumission à une revue. En voici trois exemples, dont nous vous parlions dans notre article sur le modèle Publish-Review-Curate :

 

Source : Ross-Hellauer T. What is open peer review? A systematic review [version 2; peer review: 4 approved]. F1000Research 2017, 6:588 (https://doi.org/10.12688/f1000research.11369.2)

Pour aller plus loin :