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Le débat sur l’Open Peer Review

Nous avons déjà présenté dans un article précédent les caractéristiques de l’Open Peer Review, une alternative au modèle traditionnel de peer-reviewing tirant profit des possibilités numériques et ancrée dans le mouvement de la science ouverte.

Si cette pratique se démocratise auprès d’un certain nombre d’acteurs, éditeurs (BMJ, PLOS…) ou plateformes de publication des financeurs de la recherche (Open Research Europe, Wellcome Open Research), elle est régulièrement questionnée par la communauté scientifique. La question des bénéfices de l’Open Peer Review fait ainsi l’objet d’une abondante littérature (quelques exemples : M. Kowalczuk et al., 2015, B. Schmidt et al., 2018, G. Bravo et al., 2019).

Sans être exhaustif, quels sont les principaux reproches et qualités qui sont prêtés à l’Open Peer Review ? Petit tour d’horizon.

Qualités :

  • Les rapports d’évaluation seraient plus courtois et plus constructifs dans la critique du fait d’être mis en ligne.
  • Une valorisation de cette part du travail scientifique que constitue la relecture et la discussion du travail d’autres chercheurs serait rendue possible par le fait d’être un relecteur non anonyme et de pouvoir fournir les rapports de peer reviewing aux instances d’évaluation des carrières qui le demanderaient.
  • La version initiale d’un article soumis à un processus d’Open Peer Review serait de meilleure qualité car les auteurs porteraient davantage d’attention à la forme.
  • Les travaux scientifiques pourraient s’enrichir d’une évaluation reposant sur une communauté plus large que deux ou trois experts.
  • Une évaluation par les pairs ouverte mettrait à disposition de la société la discussion sur laquelle se construit l’approbation de la communauté scientifique. Elle renforcerait le consensus scientifique en montrant comment il se fabrique.
  • Les rapports d’évaluation ouverts pourraient servir d’exemple et de matériel pédagogique pour former les jeunes à rédiger une bonne évaluation.

Doutes :

  • La plupart des publications ou preprints ayant la possibilité d’être commentés publiquement ne reçoivent aucun commentaire et cette possibilité ne mène pas pour le moment à des discussions scientifiques autours des articles.
  • Les jeunes évaluateurs prendraient le risque de nuire à leurs perspectives professionnelles en critiquant frontalement des scientifiques de renom. Ils pourraient également hésiter à évaluer trop favorablement un papier par peur de laisser paraître une quelconque complaisance.
  • Le contenu des évaluations pourraient ainsi perdre une charge critique légitime par l’exposition du nom des reviewers.
  • Le fait de rendre le nom public pourrait accentuer la difficulté à trouver des reviewers dans un contexte où les éditeurs peinent déjà.