Édition scientifique à l'ère de l'Open Access

La voie diamant pour les livres : l’exemple anglais du COPIM

Dans un article récent du Journal of Librarianship and Scholarly Communication, Kira Hopkins et Kevin Sanders analysent le développement de la voie diamant pour les livres.

L’article part du constat de l’échec du modèle actuellement dominant dans la publication scientifique : la voie dorée. Les excès du modèle sont soulignés (revues prédatrices, échec des accords transformants, accords read-and-publish…), ainsi que leurs conséquences, notamment la barrière financière des APC qui empêche les scientifiques les moins bien dotés de publier.

Pour se détacher de ce modèle qui répond mal aux ambitions de l’Open Access, l’article propose un pas de côté avec l’exemple du développement de l’accès ouvert pour les livres, en se concentrant sur l’exemple anglais. Un premier élément souligné est le relatif désintérêt des politiques incitatives, qui se sont d’abord intéressées aux revues. Un autre élément (en corrélation) est le champ disciplinaire : la monographie est une forme plus utilisée en sciences humaines. Depuis une vingtaine d’années, l’accès ouvert pour les livres s’est donc développé selon un autre rythme et à une autre dimension que celui de la publication en STM (Sciences, Techniques, Médecine). Mais la question de la barrière financière reste : les Book Processing Charges (BPC) s’élèvent souvent à plus de 12 000 $ par livre.

L’article s’intéresse au COPIM, une communauté qui travaille à la structuration de l’Open Access pour les livres en voie diamant, ce modèle économique qui ne s’appuie ni sur les abonnements ni sur les frais de publication. Elle favorise la collaboration entre éditeurs (presses universitaires, éditeurs académiques qui disposent des personnels et des fonds) et bibliothèques, sous forme de projets, comme par exemple :

  • Opening the future : dans ce modèle, les éditeurs (Liverpool University Press et Central European University Press ; 3 autres sont en négociation) sélectionnent des titres déjà publiés qui sont proposés à la souscription. Après 3 ans, les bibliothèques ont un accès perpétuel et leurs souscriptions financent des nouveautés en libre accès.
  • The Open Book Collective : cette structure caritative collecte des adhésions auprès des bibliothèques et ces fonds sont réorientés vers des éditeurs qui publient en accès ouvert diamant. Ils peuvent être nativement ouverts comme Mattering Press, ou, comme White Horse Press, ils changent de modèle économique. Le statut caritatif oblige à une transparence et offre la possibilité aux bibliothèques de participer à la gouvernance : cela assoit la stabilité et l’investissement des parties (éditeurs et bibliothèques).

L’article met également en avant l’aspect qualitatif du modèle diamant : les retours d’expériences sont positifs. Les auteurs apprécient la visibilité donnée à leur travail (il touche un public plus large géographiquement et moins circonscrit au cercle académique), l’aspect éthique et la rigueur du travail éditorial.

Ces exemples pourront servir au déploiement de plateformes comme DIAMAS en Europe, et au projet Open Book Hong Kong, ainsi qu’à une réflexion sur la réorientation des budgets des bibliothèques.

Source : Hopkins, K. & Sanders, K., (2025) “Open access, open infrastructures, and their funding: Learning from histories to more effectively enhance diamond OA ecologies for books”, Journal of Librarianship and Scholarly Communication 12(2). doi: https://doi.org/10.31274/jlsc.18284