Au cours de la dernière décennie, le mouvement de la science ouverte s’est considérablement accéléré. Mais cela a-t-il amélioré la pratique de la science ? C’est la question que pose Nicholas Brown, chercheur en psychologie à l’Université de Linneaus (Suède), dans un article publié récemment dans PLOS Biology.
Nicholas Brown reconnaît des progrès dans au moins deux domaines :
- Des outils permettant de rendre sa recherche plus transparente, comme par exemple Open Science Framework ou R Markdown sont désormais disponibles et faciles d’utilisation ;
- De nombreux efforts ont été déployés pour sensibiliser les scientifiques à l’importance de mener leurs recherches de manière transparente.
Mais il a l’impression que certains auteurs et certains éditeurs se revendiquent « ouverts » sans pour autant changer grand-chose à leurs pratiques. Il cite ainsi quelques exemples :
– Certaines revues reconnaissent les pratiques de science ouverte par des badges (Open Data, Open Material, Pre-registered) sans que cela ait de réel impact sur les pratiques. Il est par exemple possible d’obtenir un badge « Pre-registered » pour un article si l’on a au préalable publié son plan de recherche (par exemple sur OSF), même si ce dernier ne contient que très peu de détails et ne s’applique qu’à une partie de l’article.
– Il est arrivé qu’une revue publiant des Registered Reports, rejette une publication à l’étape 2 en raison des résultats obtenus, ce qui va à l’encontre de l’objectif de ce type d’article (en acceptant le Registered Report à l’étape 1, la revue s’est normalement engagée à publier les résultats, quels qu’ils soient).
– Certaines revues ont adopté une politique de partage des données, sans pour autant que cela ait d’effet sur les données réellement partagées. Les revues JAMA, par exemple, demandent aux auteurs de fournir une déclaration de disponibilité des données mais autorisent que cette déclaration consiste en « nous ne partagerons pas nos données » sans obligation de justification.
Selon Nicholas Brown, le problème fondamental est que ce qui est bon pour la science n’est pas nécessairement bon pour les scientifiques eux-mêmes. Les pratiques de science ouverte et de reproductibilité ne sont pas propices à la « productivité » qui est encore largement attendue des scientifiques par leurs institutions, malgré les récentes évolutions de l’évaluation de la recherche.
Nicholas Brown termine sur une note plutôt pessimiste. Par exemple, il estime que le modèle des Registered Reports – moyen probablement le plus efficace de réduire les biais de publication – a moins de 50% de chances de devenir le mode de fonctionnement normal de la science dans les dix prochaines années. Le risque est donc que, dans dix ans, nous nous rendions compte que rien n’a changé.
Lire l’article dans PLOS Biology : Brown NJL (2024) Fixing science means an end to gaming the system


