On vous explique

Les différentes méthodes de prédation dans l’édition scientifique

Le monde de l’édition scientifique est aujourd’hui confronté à une multiplication de pratiques frauduleuses de plus en plus sophistiquées, dont l’objectif est principalement de percevoir de l’argent (au travers de frais de publication, de la vente de « services »…). Nous vous proposons un tour d’horizon des principales méthodes de prédation à connaître.

Les revues prédatrices ont d’abord développé des pratiques relativement directes, recensées notamment par Siler et al. dans Nature (2021). Leur objectif : récupérer des frais de publication en publiant des articles, mais en fournissant des services éditoriaux et de peer-reviewing minimaux voire inexistants. Pour se donner une apparence de légitimité et attirer ainsi les soumissions, ces revues peuvent adopter différentes pratiques, parmi lesquelles :

  • la mise en avant de faux facteurs d’impact ;
  • le clonage de revues existantes, en créant des sites web imitant des revues réputées ;
  • le piratage d’articles légitimes, réédités sans consentement sous un nouveau DOI, pour créer un faux historique de publication ;
  • le changement de date d’articles déjà publiés pour alimenter artificiellement ces archives ;
  •  l’usurpation d’identité de chercheurs reconnus, par exemple en les nommant responsables éditoriaux à leur insu.

Une deuxième génération de fraude est apparue avec les « mills » qui vendent des « services » à des chercheurs, en tirant profit du système « Publish or Perish » :

  • les paper mills : des sociétés vendent à des chercheurs des articles scientifiques frauduleux (contenant de fausses données, du plagiat ou du contenu généré par IA), et ce afin de gonfler artificiellement leur nombre de publications. Ces articles trouvent facilement preneur auprès des revues prédatrices, peu regardantes sur l’évaluation par les pairs. Certains paper mills vont plus loin en corrompant directement des rédacteurs en chef ou en plaçant leurs propres évaluateurs dans des comités éditoriaux, comme le décrit Frederik Joelving dans Science (2024).
  • les review mills : de faux évaluateurs rédigent des rapports de piètre qualité, en y glissant des recommandations de citation orientées, au profit de chercheurs ayant payé pour ce « service ».
  • les citation mills : des organisations vendent et manipulent des citations pour augmenter artificiellement l’impact de certains chercheurs, en s’appuyant sur les paper mills et review mills pour les insérer dans le circuit classique de publication. Un exemple de citation mills (dont nous vous parlions ici) est l’insertion de références cachées dans les métadonnées des articles, qui gonflent silencieusement les compteurs de citations.

Enfin, il existe aussi des pratiques éditoriales que l’on pourrait définir comme appartenant à la zone grise. En effet, au-delà de la fraude directe, certains éditeurs adoptent des stratégies commerciales préoccupantes :

  • la multiplication des numéros spéciaux avec des délais de révision très courts, qui font douter de la qualité de cette étape. Cette pratique est particulièrement utilisée par des éditeurs comme MDPI, Frontiers et Hindawi, et a été décrite dans l’étude de Hanson et al. (2024).
  • l’essor des méga-revues (revues en libre accès avec frais de publication, publiant plus de 2 000 articles par an). Si certaines de ces revues défendent des pratiques vertueuses comme l’accès ouvert ou la publication de résultats négatifs, leur croissance exponentielle fragilise davantage un système d’évaluation par les pairs déjà sous tension. En 2022, 55 revues biomédicales étaient considérées comme des méga-revues, ce qui représentait près d’un quart de la littérature du domaine (Ioannidis et al., 2023).

Vous voilà maintenant un peu mieux armés pour repérer les pratiques frauduleuses ou discutables de certaines revues ou éditeurs, et pour continuer à publier dans des revues attachées à la dissémination d’une science éthique et responsable.

Sources :

  • Siler K, Vincent-Lamarre P, Sugimoto CR, Larivière V. Predatory publishers’ latest scam: bootlegged and rebranded papers. Nature. oct 2021;598(7882):563‑5. doi:10.1038/d41586-021-02906-8
  • Joelving F. Paper trail. Sci News. 18 janv 2024. doi:10.1126/science.zrjehzt
  • Hanson MA, Barreiro PG, Crosetto P, Brockington D. The strain on scientific publishing. Quant Sci Stud. 1 nov 2024;5(4):823‑43. doi:10.1162/qss_a_00327
  • Ioannidis JPA, Pezzullo AM, Boccia S. The Rapid Growth of Mega-Journals: Threats and Opportunities. JAMA. 18 avr 2023;329(15):1253‑4. doi:10.1001/jama.2023.3212