Taylor & Francis est la quatrième maison d’édition des « Big Four » du monde de l’édition scientifique (Springer Nature, Elsevier, Wiley, T&F), souvent considérée comme la plus petite. Mais pour rappeler les ordres de grandeur, Taylor & Francis compte tout de même près de 1 600 employés à travers le monde et son chiffre d’affaire en 2024 s’élevait à 698 millions de livres sterling.
Comme les autres Big Four, c’est une vieille maison dont l’histoire prend ses racines au 18ème siècle, en 1798, année où Richard Taylor fonde sa maison d’édition avec le titre Philosophical Magazine. La revue attire alors les contributions des plus grands noms de l’époque, comme Faraday, Joule, Maxwell et J.J. Thomson. En 1852, son fils, William Francis, le rejoint, donnant naissance à l’entreprise Taylor & Francis. Elle publie des ouvrages dans des domaines variés allant de l’agriculture à la médecine.
Le logo originel de Taylor & Francis, une main versant de l’huile dans une lampe, est assorti de la devise latine alere flammam / alimenter la flamme (sous-entendu, du savoir). Son logo moderne conserve encore aujourd’hui cette lampe à huile.
L’entreprise se transforme dans la seconde moitié du 20ème siècle : lancement de l’édition de livres en 1965, abandon de l’imprimerie physique en 1990, et introduction en bourse en 1998. La même année, l’acquisition de son rival dans la publication académique, Routledge, pour 90 millions de livres, marque un tournant majeur. En 2004, Taylor & Francis fusionne avec Informa, devenant ainsi la branche académique d’un géant des médias et des conférences.
L’acquisition d’autres éditeurs est un élément central de la stratégie d’entreprise du groupe, la plus notable de ces dernières années étant sûrement la plateforme de publication en accès ouvert F1000Research, acquise en 2020. Comme le montre cet achat, le groupe tente de s’adapter aux transformations de la publication scientifique et au mouvement de la science ouverte en diversifiant ses options. Certains commentateurs critiques y voyaient à l’époque une stratégie de neutralisation du Plan S.
Le groupe accorde une place de plus en plus importante à l’Open Access, un mode de publication permettant de générer des recettes importantes, comme le montre cette présentation d’Informa à ses investisseurs cette année :
« Taylor & Francis a connu une bonne année 2025, avec une croissance du chiffre d’affaires de 3,6% (hors contrats de données non récurrents) et de nouveaux succès dans les domaines des concessions de licences, des archives et de l’accès aux données […]. L’année 2026 a bien démarré, avec des renouvellements et des recettes toujours solides pour nos produits d’abonnement. Les chiffres de la recherche ouverte continuent également de progresser fortement, faisant suite à une hausse de plus de 20% du nombre de soumissions et à une croissance à deux chiffres du nombre d’articles en libre accès publiés en 2025. » [traduction]
Une évolution qui paraît s’inscrire davantage dans une logique d’adaptation aux tendances du marché que dans un engagement historique en faveur de la science ouverte, comme l’illustre notamment la polémique en 2013 autour de la question des droits d’auteur, qui a conduit à la démission de l’ensemble du comité éditorial du Journal of Library Administration.


