Avez-vous remarqué le logo d’Elsevier ? Il s’agit d’une marque d’imprimeur, imitant une tradition médiévale, choisie en 1880 par les fondateurs de la maison d’édition. Le nom, comme l’image, rendent hommage à la famille Elzevier, famille d’imprimeurs néerlandais du 16e siècle. Le dessin représente un homme barbu et en toge, regardant un orme enlacé par un pied de vigne. Non solus est inscrit de l’autre côté. Ces éléments représentent le lien entre savant et éditeur.
Jusqu’en 1940, la maison d’édition est familiale, et publie avec succès en 1884 le roman Max Havelaar et l’encyclopédie Winkler Prins (l’Universalis néerlandaise). Après-guerre, soutenu par le succès de l’hebdomadaire d’opinion Elseviers Weekblad, l’éditeur va racheter des maisons d’édition scientifiques anglophones (Biochimica et Biophysica Acta) et néerlandaise (North Holland Publishing Company). D’autres acquisitions suivront dans les années 70 : Excerpta Medica, qui collecte les résumés d’articles et sera à l’origine d’EMBASE, mais aussi d’importants titres médicaux américains (Gastroenterology) et français, comme en 1984, les titres de l’Institut Pasteur. Dans les années 90, elle rachète Pergamon Press, puis The Lancet. En 1993, Elsevier fusionne avec Reed, une entreprise anglaise de papier devenue conglomérat d’édition. Reed Elsevier entre à la bourse de New York en 1994 ; la même année, le groupe fait un coûteux investissement, Lexis Nexis, qui oeuvre dans le secteur de l’information légale et juridique. A partir de 1995, le groupe choisit de resserrer son activité sur l’édition professionnelle et scientifique, et vend son activité de presse grand public. Reed Elsevier devient RELX en 2015.
Actuellement, l’activité du groupe RELX est répartie sur quatre secteurs : le risque (qui s’adresse aux entreprises, assurances, industries et gouvernement) représente 34%, les Sciences Technologies et Médecine (STM) 33%, le droit 20% et l’événementiel 13%. Son chiffre d’affaires pour 2024 s’élève à 9,4 milliards de livres sterling, dont environ 3 milliards de livres sterling (3,4 milliards d’euros) dans le secteur STM. Sur la plateforme ScienceDirect d’Elsevier, on dénombre un peu moins de 3000 revues, dont les revues de Cell Press, The Lancet, ou encore Current Opinions et Trends.
Sur la question de l’Open Access, Elsevier a maintenant une politique de l’offre différenciée, après avoir longtemps lutté contre. Sur les 2960 titres, les journaux full Open Access sont au nombre de 890 (50 supplémentaires créés en 2024), et le reste est sur le modèle hybride (frais à la charge du laboratoire s’il souhaite être en open access, ou frais à la charge du lecteur en cas d’accès fermé). Des accords en amont sont proposés aux institutions pour affranchir les laboratoires des coûts de publication : en France, l’accord de lecture et publication a été négocié au niveau national. Il permet la publication sans frais dans 2500 titres, mais ne couvre pas certains titres comme Cell Press ou The Lancet.
En ce qui concerne l’édition scientifique, Elsevier a très tôt innové au niveau de la diffusion : les projets ADONIS à la fin des années 70 puis TULIP dans les années 90 ont préparé le lancement de ScienceDirect, en 1997, la plateforme de mise à disposition de la production éditoriale du groupe. Le groupe lance aussi une base de données bibliographiques et scientométriques, Scopus, en 2004. En 2013, Elsevier acquiert aussi Mendeley, un outil de gestion bibliographique à l’instar de Zotero et EndNote, ainsi que SSRN, une plateforme de prépublication en 2016. RELX a une stratégie de développement et d’occupation du marché offensive, et Elsevier est perçu comme un éditeur peu scrupuleux : en 2012, il est l’objet de critiques et de boycott de la part des chercheurs avec la pétition The cost of knowledge. Il protège aussi âprement ses droits acquis sur les publications en poursuivant en justice les bibliothèques pirates comme Sci-Hub ou le réseau social ResearchGate.
RELX se présente comme un fournisseur de service et d’outils d’analyse et de prise de décision. Les solutions développées s’appuient sur les bases de données, comme LexisNexis en droit, Reaxys en chimie ou Scopus pour les publications scientifiques, et développent avec l’IA des interfaces de dialogue en langage naturel. Pour les clinicien·nes, ClinicalKey AI a été lancé en 2024, ainsi que Sherpath AI, une plateforme de formation en soins infirmiers, et Scopus AI pour la recherche bibliographique. Quant à SciVal, il est destiné au pilotage de la recherche.


