En décembre dernier, trois chercheurs – Kyle Siler, Philippe Vincent-Lamarre et Vincent Larivière – ont publié une étude sur le serveur de préprint SocArXiv, dont l’objectif était de cartographier les pratiques de publication dans les revues scientifiques douteuses à l’échelle mondiale. Leur étude révèle que les chercheurs des pays en développement publient proportionnellement plus chez les éditeurs prédateurs, mais que ce sont les pays riches qui alimentent financièrement ce marché.
Pour mener cette étude, les auteurs ont exploité Lacuna, une base de données qu’ils avaient initiée en 2021 lors d’une précédente étude parue dans Nature. Cette ressource compile près de 910 000 articles publiés jusqu’en 2020 chez des éditeurs prédateurs probables (Austin, MedCrave, OMICS, SciencePG, SCIRP et Serials) ou « en zone grise » (Frontiers, Hindawi, MDPI et Academic Journals), ainsi que, pour comparaison, 54 millions d’articles « conventionnels » indexés dans le Web of Science entre 2008 et 2020.
Les auteurs ont analysé les données en fonction de la région, du revenu du pays, du rang de l’institution dans le classement ARWU (Academic Ranking of World Universities ou Classement de Shanghai) et de la discipline, afin de calculer la probabilité de publier dans une revue prédatrice en fonction de ces critères.
Ils ont ainsi mis en évidence qu’il s’agit d’un phénomène mondial, avec des disparités géographiques et institutionnelles :
– Les chercheurs des pays en développement et des institutions qui ne figurent pas parmi les 1 000 premières du classement de Shanghai publient proportionnellement plus dans les revues prédatrices.
- L’Afrique et l’Asie du Sud se distinguent comme des régions qui publient proportionnellement plus d’articles dans ces revues.
- 7 349 institutions non classées (hors du top 1 000) représentent 54 % du total des articles prédateurs dans la base de données Lacuna.
– Paradoxalement, ce sont les pays développés et les institutions les mieux positionnées dans le classement de Shanghai qui fournissent la plus grande part de l’argent et des articles alimentant le marché de l’édition prédatrice, en raison de leur volume de publications important. 30 % des articles publiés dans des revues probablement prédatrices proviennent d’institutions classées dans le top 500 du classement de Shanghai, dont 8 % d’institutions classées entre la première et la centième place.
– Il existe des variations importantes entre les disciplines scientifiques. Les trois catégories liées à la santé (recherche biomédicale, médecine clinique, santé) représentent à elles seules 48 % du total des publications prédatrices.
Selon les auteurs, ces disparités s’expliquent par les inégalités de ressources, mais aussi par le fait que les systèmes d’évaluation académique poussent certains chercheurs – consciemment ou non – vers ces revues douteuses. Ils en concluent que l’intégrité de la recherche devient aujourd’hui un critère de hiérarchisation de la science.
Source : K. Siler, P. Vincent-Lamarre et V. Larivière, 2025. Identifying National, Institutional and Disciplinary Sites of Probable Predatory Publishing. https://doi.org/10.31235/osf.io/kmdu7_v1, sous licence CC BY-NC 4.O.


