Édition scientifique à l'ère de l'Open Access

L’édition scientifique d’hier à aujourd’hui : regard éthique

Quel que soit le domaine de recherche, les scientifiques sont aujourd’hui confrontés aux politiques liées à la science ouverte qui régissent l’organisation, la diffusion et la publication de leurs travaux. L’édition scientifique connaît depuis des décennies de grands changements. Quels en sont les moteurs et les acteurs, et quelles sont les conséquences sur les pratiques de recherche ?

La publication de Lise Verlaet, L’édition scientifique en France : de la censure à l’ouverture : révolutions politiques, commerciales, technologiques… et autres problèmes éthiques, nous éclaire parfaitement sur ces questions. En voici le résumé :

« A travers une analyse systémique de l’édition scientifique en France – et plus particulièrement via une étude des contextes historiques, socio-économiques et politique – cet article soulève les problématiques éthiques qui ont jalonné la construction de l’écosystème scientifique et l’exploitation des produits de la recherche, et livre une réflexion sur les défis éthiques liés à la mise en place depuis 2018 de la politique de la Science Ouverte mais aussi des conséquences directes que cela va avoir sur les pratiques des chercheurs. »

Cette analyse comprend six parties qui révèlent que l’édition scientifique a toujours connu de grands bouleversements :

  1. Quelques rappels historiques non-censurés de l’édition et de la publication scientifique
  2. L’édition scientifique précipitée dans la sphère marchande
  3. La contre-offensive du Libre Accès
  4. Le quatrième paradigme : le nouvel eldorado des éditeurs commerciaux
  5. La politique de la Science Ouverte, pour l’enrichissement collectif
  6. Science Ouverte et autres conséquences

L’histoire de l’édition et de la publication scientifique est très intéressante. Elle pose les jalons de la construction de l’écosystème scientifique et de ses enjeux qui font encore écho aujourd’hui. L’arrivée de l’imprimerie au XVème siècle marque le début de l’édition scientifique. Le partage et la diffusion des savoirs se développent ensuite au gré des contextes historiques et des avancées technologiques.

Les éditeurs privés sont les grands gagnants face aux sociétés savantes. Comme l’écrit Lise Verlaet, la diversification massive des revues a conduit à au moins trois facteurs : le déclin de l’autorité des Académies, l’évolution du mode d’évaluation de la recherche (traitements bibliométriques), et des tensions entre les différents acteurs de la production et de l’édition scientifique.

La mainmise des éditeurs commerciaux se confirme avec l’édition numérique. Les politiques commerciales qu’ils imposent sont éthiquement contestables et les acteurs de la recherche deviennent les grands perdants car pris au piège dans un système où ils sont surexploités, à la fois auteurs, relecteurs et payeurs.

Pour contrer cette oligarchie, le Libre accès arrive avec de nouvelles voies de publications (voie dorée, voie verte), et donnent naissance à des archives ouvertes comme HAL. Mais, revers de la médaille, les revues prédatrices font également leur apparition.

Les deux dernières parties de l’article reviennent sur les principes et les enjeux du plan national pour la science ouverte, et l’application du Plan S qui marquent particulièrement la dernière décennie. La science est un bien commun qu’il faut partager le plus largement possible, ce qui signifie avoir une nouvelle approche du processus scientifique et de nouvelles façons de diffuser les connaissances en utilisant les technologies numériques et de nouveaux outils de collaboration.

C’est aussi donner accès à une multitude de données très diverses (4ème paradigme), ce qui laisse présager encore de grands bouleversements dans l’édition scientifique, déjà marquée par l’arrivée de nouvelles formes de publications (data papers, software papers…) et l’exploitation massive de ces données (IA).

A noter : Lise Verlaet est co-créatrice et responsable scientifique du programme de recherche-action-développement NumeRev porté par la MSH SUD qui entend explorer les pratiques info-communicationnelles des chercheurs pour développer une plateforme d’édition scientifique en tentant de répondre aux préceptes édictés par le Plan S et la politique de la science ouverte.

Ce billet a pour source : Lise Verlaet. L’édition scientifique en France : de la censure à l’ouverture : révolutions politiques, commerciales, technologiques… et autres problèmes éthiques. Interfaces numériques, 2024, 13 (1), ⟨10.25965/interfaces-numeriques.5262⟩. ⟨hal-04608854⟩ sous licence CC BY-NC-SA 4.0