[Mise à jour d’un article initialement publié en mars 2022]
Depuis plusieurs années maintenant, on cherche à améliorer l’évaluation des chercheurs en limitant l’utilisation d’indicateurs quantitatifs régulièrement décriés. Le CV narratif fait partie des éléments de réponse et certains financeurs ou organismes de recherche commencent à l’utiliser, comme par exemple le CNRS, l’université de Lorraine, UK Research and Innovation, le Fonds national suisse, le Fonds national de la recherche du Luxembourg ou le Fonds de recherche du Québec.
Ce type de CV doit permettre aux chercheurs d’exposer leurs compétences et expériences plutôt que de se limiter à une liste de financements et de publications. Le modèle développé par la Royal Society avec l’aide de la DORA donne une bonne idée de l’esprit. Dans ce CV, il est demandé au scientifique de présenter sa carrière selon quatre axes :
- Sa contribution au développement des connaissances dans son domaine : quelles idées et hypothèses le chercheur a-t-il été amené à tester, comment les a-t-il communiquées au reste de la communauté scientifique, comment les a-t-il financées… ? Le chercheur pourra ici présenter une sélection de ses productions scientifiques et expliquer en quoi elle est pertinente.
- Sa contribution au développement des individus (ses collègues, ses étudiants…) : quelles expertises a-t-il apportées à ses équipes, quelles activités de management ou d’enseignement a-t-il menées, quelles collaborations a-t-il établies… ?
- Sa contribution à la communauté de la recherche au sens large : quelles activités, autres que celles déjà mentionnées au-dessus, a-t-il exercées au profit de la communauté scientifique (peer-reviewing, édition, implication dans des commissions, organisation d’évènements…) ?
- Sa contribution à la société dans son ensemble : dans quels engagements sociétaux ou échanges de connaissances le chercheur s’est-il impliqué (science ouverte, médiation scientifique, collaboration avec le secteur privé, le grand public…) ?
Ce CV ne règlera, bien sûr, pas tous les problèmes et il n’est pas sans défaut : il est plus long à rédiger et plus long à évaluer, et il est particulièrement difficile à réaliser pour les personnes qui ne parlent pas nativement la langue dans laquelle il est demandé, ainsi que pour les personnes handicapées ou neurodivergentes. Mais la carrière du postulant étant présentée avec son contexte, les différents biais souvent mis en avant lors des évaluations (comme ceux liés au genre ou aux parcours atypiques) devraient être plus facilement atténués.
De plus en plus d’organisations se lancent dans l’expérimentation du CV narratif et la multiplication des études sur leur utilisation conforte cette tendance :
- La DORA a publié sur son site les présentations de quatre groupes de recherche qui étudient les effets de l’introduction de CV narratifs dans l’évaluation sous différents angles, apportant des éclairages sur l’expérience des candidats, le comportement des évaluateurs et les défis systémiques inhérents au changement culturel.
- L’une de ces quatre études, menée par le Research on Research Institute, s’appuie principalement sur l’observation des délibérations lors des comités d’évaluation du Dutch Research Council et du Fonds national suisse, ainsi que sur des entretiens avec les évaluateurs. L’article publié sur le blog de la DORA, agrémenté de citations de reviewers, décrit les évolutions des discussions collectives et des critères d’évaluation face aux CV narratifs.
- Le Fonds national de la recherche du Luxembourg publie un bilan chiffré après trois ans d’expérimentation, s’appuyant sur des enquêtes de satisfaction menées chaque année auprès des candidats et des évaluateurs. Cette étude souligne des retours globalement positifs, mais le temps nécessaire à la rédaction d’un CV narratif et à son évaluation reste un facteur négatif.


