Édition scientifique à l'ère de l'Open Access

Le comité éditorial du Journal of Clinical Immunology démissionne pour créer une revue à but non lucratif

En décembre 2024, une partie du comité éditorial de la revue Journal of Clinical Immunology (JoCI), éditée par Springer Nature, a démissionné pour créer une nouvelle revue Open Access à but non lucratif. Selon Jean-Laurent Casanova, co-rédacteur en chef démissionnaire interrogé par Retraction Watch, cette décision fait suite à :

  • la pression exercée par Springer Nature pour publier davantage d’articles, alors que le journal se préparait à devenir entièrement Open Access (cette transition a eu lieu en janvier 2025),
  • la décision d’exclure la Société d’immunologie clinique (qui gérait auparavant JoCI) des décisions éditoriales, notamment de la sélection des membres du comité éditorial.

La nouvelle revue lancée par Casanova et son équipe, Journal of Human Immunity, est le fruit d’une collaboration entre Rockefeller University Press et l’International Alliance for Primary Immunodeficiency Societies (IAPIDS, dont la Société d’immunologie clinique est membre). La revue, qui devrait commencer à publier au printemps, sera en Open Access et les frais de publication (APC) s’élèveront à 3 500 $ par article. Ces frais, moins importants que ceux de la revue JoCI (5 000 €), restent assez élevés mais les excédents reviendront à la communauté scientifique, et non aux actionnaires (étant donné que l’IAPIDS est copropriétaire de la revue).

Ce phénomène de démission massive des comités éditoriaux de revues scientifiques n’est pas nouveau (et il ne concerne pas un éditeur commercial en particulier), mais leur fréquence semble avoir augmenté ces dernières années. Retraction Watch met à jour sur son site une liste des démissions de comités éditoriaux depuis 2015. Sur les 39 cas cités dans cette liste, 13 ont eu lieu en 2023 (dont celui de NeuroImage que nous avions relayé) et 9 en 2024.

Dans une actualité de la revue Nature publiée en mars 2024, Ivan Oransky, co-fondateur de Retraction Watch, expliquait que ces démissions sont liées à des priorités divergentes entre éditeurs commerciaux et chercheurs : les premiers, dont la plupart sont à but lucratif, ont besoin d’une croissance constante car c’est ce que le marché boursier exige, alors que les seconds défendent la qualité de l’évaluation par les pairs, ce qui nécessite du temps. En démissionnant, les chercheurs se tournent vers des revues dans lesquelles ils peuvent exercer un plus grand contrôle des décisions éditoriales et commerciales.