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Pourquoi et comment publier ses résultats négatifs ?

Nous vous avions déjà parlé en mai dernier des résultats négatifs et de l’impact de leur faible présence dans la littérature scientifique. La revue Nature revient cet été sur les différentes stratégies employées par les chercheurs pour publier ces résultats qui ne valident pas – ou contredisent – l’hypothèse de recherche initialement formulée.

L’article rappelle tout d’abord l’existence d’un biais de publication en faveur des résultats positifs qui peut avoir des conséquences importantes. Il met notamment en avant une étude publiée en 2008 examinant 74 essais cliniques portant sur des anti-dépresseurs, dont les résultats ont été évalués par la Food and Drug Administration (FDA). L’étude a montré que, pour un tiers des essais cliniques, les résultats n’avaient pas été publiés dans la littérature. Ainsi, si l’on considère uniquement la littérature publiée, il semble que 94 % des essais réalisés aient été positifs. En revanche, l’analyse de la FDA a montré que 51 % d’entre eux étaient positifs. La publication sélective des résultats des essais cliniques peut donc conduire à des estimations irréalistes de l’efficacité des médicaments.

L’article met en avant différentes solutions pour aider les scientifiques à publier leurs résultats négatifs :

– Le modèle des Registered Reports (dont on vous parlait ici) semble le plus efficace, même s’il y a encore peu de soumissions et quelques difficultés à résoudre :

  • La procédure d’approbation du protocole peut prendre plusieurs mois, ce qui retarde le lancement des expériences. Les retours d’expérience montrent que cette procédure est bénéfique pour améliorer la conception de l’étude, mais que sa durée est peu compatible avec les délais limités pour dépenser l’argent des subventions.
  • Les revues proposant des Registered Reports sont inégalement réparties entre disciplines. Ce format de publication est aujourd’hui proposé par plus de 300 revues mais la plupart sont dans les domaines de la psychologie ou des neurosciences.

– Des revues publiant uniquement des résultats négatifs ont été créées, mais cette solution fonctionne rarement, car ces revues sont souvent perçues comme publiant des travaux qui n’ont pas été acceptés ailleurs. Beaucoup de ces journaux ont cessé de publier.

Poster son manuscrit sur un serveur de preprint reste une solution simple et efficace permettant de présenter sa recherche, y compris ses résultats négatifs, sans avoir à subir la pression d’une soumission à une revue. Ceci nécessite toutefois de prendre le temps de rédiger les résultats.

L’article de Nature conclut que, s’il n’est pas nécessaire de publier tous les résultats négatifs, il est important de publier les résultats qui remettent en question des résultats antérieurs ou qui ouvrent de nouveaux champs d’exploration. Il prend l’exemple d’une étude publiée en 2019 qui cherchait à mettre en évidence que certaines complications de la grossesse étaient liées à des bactéries, mais qui a démontré le contraire, à savoir l’absence de signal bactérien dans les échantillons de placenta analysés.