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Une nouvelle méthode de fraude aux fausses citations : les références cachées

En juin dernier, nous vous expliquions les mécanismes des paper mills, review mills et citation mills. Suite à la publication cet été d’un article dans Nature, nous vous proposons cette fois un focus sur le phénomène des citation mills et leur toute nouvelle façon de procéder : les références cachées ou « sneaked references ».

L’article de Nature recense les différentes méthodes relevées ces derniers mois par plusieurs équipes de chercheurs soucieux de l’intégrité de la recherche : l’achat de citations pour booster un profil Google Scholar, l’achat d’une place d’auteur dans des articles de faible qualité produits par les paper mills ou encore l’ajout dans un article de citations n’ayant rien à voir avec le sujet (ajout uniquement dans la bibliographie, et non dans le corps du texte). Ces scientifiques sont inquiets car ils craignent que les fraudeurs ne perfectionnent leurs méthodes et ne deviennent de plus en plus difficiles à détecter.

C’est justement le cas de cette nouvelle méthode de fraude utilisant les références cachées, décrite dans un article publié en mai 2024 dans le Journal of the Association for Information Science and Technology. Des références illicites sont envoyées dans les métadonnées d’un article par l’éditeur lors de l’enregistrement de son DOI (Digital Object Identifier) auprès de l’organisation Crossref. Ces références n’apparaissent pas dans la version publiée de l’article, seulement dans les métadonnées associées. Cet ajout gonfle ainsi artificiellement leur nombre de citations.

Cet article met en évidence une faille du système de publication en ligne des articles scientifiques, dont les éditeurs prédateurs peuvent se servir. En effet, tout repose sur la bonne foi des éditeurs scientifiques et sur la validité des métadonnées qu’ils fournissent à l’organisation Crossref lors de l’enregistrement des DOI. Crossref ne vérifie pas ces métadonnées et c’est là que la négligence ou la malhonnêteté peuvent frapper. Ces erreurs ont ensuite des répercussions sur toute la chaîne des autres acteurs réutilisant ces métadonnées, comme les plateformes de calculs d’indicateurs bibliométriques (The Lens, Dimensions, OpenAlex…).

Crossref a d’ores et déjà lancé des correctifs mais, tant que la pression pour publier pèsera autant sur les scientifiques, et tant que des sommes d’argent importantes et des carrières seront en jeu, il y a fort à parier que de nouvelles méthodes de fraudes de plus en plus sournoises continueront à voir le jour.

Sources :