Depuis plusieurs années maintenant, les altmetrics sont souvent présentés comme des indicateurs qui remplaceront un jour les indicateurs bibliométriques historiques. Une revue de littérature conduite par trois chercheurs de l’Universidad de Las Américas en Équateur fait le point sur ce qu’il en est aujourd’hui.
Les auteurs ont réalisé une recherche systématique dans les bases de données Scopus et Web of Science sur la période 2010-2025, à partir de combinaisons de termes tels que « altmetrics », « indicateurs alternatifs », « indicateurs traditionnels », « analyse des citations » ou « évaluation académique ». Sur les 2 709 références initialement identifiées, 864 études ont été sélectionnées pour la synthèse finale, après suppression des doublons et examen des articles.
L’analyse met en évidence la capacité des altmetrics à saisir plusieurs dimensions de l’impact d’une publication :
- Les mentions sur les réseaux sociaux renseignent sur la diffusion académique et l’intérêt du public ;
- Les téléchargements et consultations reflètent l’engagement des lecteurs ;
- La couverture médiatique et les articles de blog mesurent la portée auprès d’un public non spécialisé ;
- Les signets dans les gestionnaires bibliographiques indiquent un intérêt scientifique ou pédagogique ;
- Les mentions dans des documents politiques, brevets ou articles Wikipédia soulignent les retombées en matière d’innovation et de politique publique ;
- Les discussions sur des plateformes comme PubPeer témoignent d’un engagement critique et d’une transparence dans le débat scientifique.
Les auteurs soulignent toutefois que les altmetrics présentent des limites notables, différentes de celles des indicateurs bibliométriques traditionnels :
- L’absence de normalisation entre plateformes compromet la comparabilité et la reproductibilité des résultats, ce qui rend difficile l’évaluation de leur validité ;
- La vulnérabilité aux manipulations (campagnes coordonnées, robots automatisés ou utilisation de l’intelligence artificielle) fragilise l’authenticité des scores ;
- La prédominance de la visibilité à court terme peut conduire à surévaluer des publications à fort retentissement médiatique mais à faible portée scientifique, tout en pénalisant les disciplines moins présentes sur les réseaux sociaux.
Les auteurs en concluent donc que les altmetrics constituent un outil complémentaire à la bibliométrie traditionnelle. Ils offrent aux chercheurs une mesure en temps réel de leur visibilité, permettent aux éditeurs d’identifier des thématiques émergentes et fournissent aux institutions une évaluation plus multidimensionnelle de l’influence des travaux, articulant excellence académique et pertinence sociale.
Enfin, les auteurs recommandent que les travaux futurs s’orientent vers l’élaboration de cadres standardisés pour évaluer les performances de la recherche, en combinant indicateurs quantitatifs et nouveaux indicateurs alternatifs. Il sera également important de garantir la qualité, la transparence et l’intégrité des données, car cela reste une condition essentielle à la légitimité des altmetrics dans les systèmes d’évaluation de la recherche.
Source : González P, Fors M and Torres A (2025). Altmetrics in the evaluation of scholarly impact: a systematic and critical literature review. Front. Res. Metr. Anal. 10:1693304. https://doi.org/10.3389/frma.2025.1693304


