Évaluation et pilotage de la recherche

Bases de données commerciales : après s’être désabonné de Scopus, le CNRS coupe l’accès au Web of Science

Le CNRS a récemment pris une décision importante en annonçant qu’à partir du 1er janvier 2026, il couperait l’accès au Web of Science (WoS) de Clarivate Analytics, l’une des plus grandes bases de données bibliométriques commerciales, à ses chercheurs. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une politique plus large de promotion de la science ouverte, une priorité pour le CNRS depuis la publication de sa première feuille de route en 2019.

Cette mesure permettra au CNRS d’économiser environ 1,4 millions d’euros par an, qui seront réorientés vers des actions en faveur de la science ouverte. Cette réorientation des fonds se fait déjà : les économies réalisées par les désabonnements à des revues de grands éditeurs ont permis de soutenir des plateformes d’édition en accès ouvert gratuit, comme le Centre Mersenne, OpenEdition ou Episciences.

Cette initiative est également en phase avec la réforme de l’évaluation de la recherche initiée par le CNRS en 2021. L’organisme de recherche se détourne en effet des méthodes d’évaluation quantitative traditionnelles fondées sur des indicateurs bibliométriques, pour privilégier une approche qualitative.

Le CNRS s’était déjà désabonné de la base de données Scopus d’Elsevier en 2024. Avec la suppression de l’accès à WoS, il encourage les chercheurs à utiliser les bases de données ouvertes comme OpenAlex. Cette alternative offre une meilleure couverture dans des domaines souvent négligés par le WoS, comme les sciences humaines et sociales, et une meilleure visibilité aux revues non anglophones.

Paradoxalement, Clarivate a récemment annoncé l’intégration d’OpenAlex dans sa plateforme WoS. Cette évolution suscite des inquiétudes quant à l’exploitation opportuniste du travail réalisé par la communauté pour améliorer la qualité des données d’OpenAlex, comme le souligne Frédérique Bordignon dans son analyse du phénomène de commons washing.

La décision du CNRS ne fait pas l’unanimité. Comme le rappelle cet article de blog, de nombreux chercheurs utilisent quotidiennement WoS pour leurs recherches bibliographiques. Cette décision va donc leur couper l’accès à un outil robuste et puissant, doté de fonctionnalités qui n’existent pas encore dans les alternatives ouvertes. À l’inverse, dans un éditorial de la revue Cybergeo, Christine Kosmopoulos et Denise Pumain saluent la décision du CNRS comme un pas courageux vers la libération des institutions scientifiques et de leurs chercheurs des pratiques d’évaluation adossées uniquement à des outils commerciaux.

Sources :

Voir aussi notre article : Bases de données bibliométriques ouvertes vs bases commerciales : vers une nouvelle ère ?