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La science ouverte sous le prisme de la recherche africaine

Nous vous conseillons de lire l’article « Cinq perspectives sur l’état de la science ouverte en Afrique », paru dans Katina Magazine en septembre. Son autrice, Pamela Abbott, a joué un rôle central dans l’initiative LIBSENSE, qui favorise la collaboration entre les bibliothèques et les réseaux nationaux de recherche et d’éducation (NRENs) pour promouvoir la science ouverte en Afrique. L’article est très éclairant sur le mouvement de la science ouverte vu sous le prisme de la recherche africaine dont nous avons beaucoup à apprendre.

Premier constat : les infrastructures de recherche en Afrique, particulièrement en Afrique subsaharienne, sont entravées par des défis majeurs tels qu’une connectivité numérique limitée et coûteuse ainsi qu’une électricité instable. Ces obstacles, hérités de structures postcoloniales inadaptées, freinent le développement d’un écosystème scientifique viable et autonome. La faible contribution du continent à la production scientifique mondiale (environ 3%) est souvent citée comme symptôme de ce déséquilibre structurel.

Dans ce contexte, la science ouverte peut être un levier stratégique pour promouvoir une recherche plus collaborative, décentralisée et décolonisée. Le réseau de recherche et d’éducation d’Afrique de l’Ouest et du Centre (WACREN) joue un rôle moteur dans la mise en place de communautés, d’infrastructures et de politiques en faveur de la science ouverte avec la mise en place de son programme LIBSENSE en 2016. Voici trois de ses projets phares :

  • Diamond Open Access Publishing in Africa : développement d’une plateforme de prépublication, d’un entrepôt de données ouvert, d’outils d’évaluation par les pairs et d’identifiants pérennes.
  • Collaboration avec le Forum régional des universités pour le renforcement des capacités dans le domaine agricole (RUFORUM) : développement d’un entrepôt de données pour enrichir la base de connaissances scientifiques régionale.
  • Déploiement d’entrepôts partagés au niveau national.

Comme l’écrit Pamela Abbott : « Ces efforts ne sont toutefois pas sans défis importants et ne représentent qu’un aspect de l’écosystème de la recherche, à savoir les infrastructures de recherche pour soutenir la science ouverte. »

Lors de la conférence WACREN 2025 à Dakar, au Sénégal, elle a réuni, lors d’une table ronde, un panel de représentants de l’écosystème de la recherche africaine pour échanger sur la promotion de la science ouverte et le partage inclusif des connaissances en Afrique. Plusieurs initiatives y ont été présentées dont par exemple :

  • la création de dépôts institutionnels et d’archives ouvertes nationales au Sénégal, avec des résultats encourageants en termes d’utilisation et de consultation ;
  • les Principles of Open Scholarly Infrastructure (POSI), qui permettent d’évaluer et d’identifier des services véritablement ouverts et équitables ;
  • le développement, au Nigeria, de systèmes d’identification pérennes adaptés aux réalités locales, assurant la visibilité de la recherche africaine tout en préservant l’autonomie locale.

L’autrice en ressort des points clés pour l’avenir comme :

  • privilégier les solutions locales aux problèmes locaux, notamment en développant des infrastructures adaptées aux besoins spécifiques du continent ;
  • adopter des approches communautaires et collaboratives ancrées dans les valeurs africaines (plutôt que d’imiter un modèle occidental) ;
  • aider les chercheurs en début de carrière et soutenir les infrastructures locales pour assurer la durabilité.

Elle souligne également l’importance d’une approche systémique intégrant les infrastructures, les compétences, la gouvernance et le financement.

 

Source : Abbott, P., Five Perspectives on the State of Open Science in Africa. https://doi.org/10.1146/katina-091825-2. Article publié sous licence CC BY-NC, disponible en anglais et en français.

À savoir : Pamela Abbott est maître de conférences en systèmes d’information à l’École de l’information de l’université de Sheffield. Elle est co-auteure de publications sur la genèse du projet LIBSENSE et son impact sur la mise en œuvre de la science ouverte en Afrique de l’Ouest et centrale.