Édition scientifique à l'ère de l'Open Access

Pourquoi diffuser ses travaux sous licence « pas de modification » n’est pas bénéfique à la science

Certains chercheurs choisissent de publier leurs travaux sous des licences restrictives, sur la base de l’idée qu’elles préserveraient mieux l’intégrité scientifique que les licences plus ouvertes.

Dans un article publié sur le blog de de Creative Commons international, Brigitte Vézina conteste cette idée : « utiliser une licence Creative Commons « Pas de modification » (No Derivative – ND) sur des publications académiques est non seulement peu pertinent pour juguler la fraude académique, mais aussi et surtout susceptible d’avoir un effet négatif sur la diffusion des résultats de la recherche. »

Pour rappel, les licences « Pas de modification » permettent aux utilisateurs de copier et de rediffuser une œuvre, mais interdisent de l’adapter, de la remixer, de la transformer, de la traduire, de la mettre à jour, de manière à produire une œuvre seconde. En résumé, elles interdisent de réaliser des œuvres dérivées ou des adaptations. Par exemple, les licences ND empêchent l’adaptation des graphiques, des images et des diagrammes inclus dans les articles de recherche qui sont souvent essentiels pour favoriser une diffusion plus large des idées sous-jacentes.

Ainsi, on peut considérer que les publications sous licence ND ne sont pas en Libre Accès, si l’on se base sur la définition originelle établie en 2002 par l’initiative de Budapest pour l’Accès Ouvert qui prône la plus large réutilisation des publications scientifiques.

Par ailleurs, Brigitte Vézina précise que de multiples protections contre les risques d’appropriation et de détournement sont incorporées dans toutes les licences Creative Commons (pas uniquement la licence ND). En particulier :

  • Le respect de la paternité de l’auteur est prévu dans les six licences Creative Commons.
  • Les modifications apportées à l’œuvre originale doivent être identifiées par le réutilisateur et un lien vers l’œuvre originale doit être effectué.

Isaac Newton est l’auteur de cette citation célèbre : « Si j’ai vu plus loin, c’est en me tenant sur les épaules des géants », ce qui signifie que la production de nouvelles connaissances ne peut advenir que si les chercheurs peuvent s’appuyer sur les idées et les publications de leurs pairs et de leurs prédécesseurs, pour les revisiter, les réutiliser et les transformer, en ajoutant couche après couche de nouvelles connaissances. Les chercheurs sont des remixeurs par excellence : le Libre Accès est le moyen par excellence de favoriser le remix.

Source : traduction de l’article original par Calimaq sur le blog S.I.Lex